Mayotte, tête de pont de la France dans le nouveau monde Chindiafrique . Défis et opportunités

Jean Joseph Bouillot aborde les enjeux géopolitiques dans l’ensemble formé par la Chine, l’Inde et l’Afrique et les pistes que Mayotte peut suivre pour se placer stratégiquement dans ce triangle, à sa conférence sur le concept de Chindiafrique lors du second Forum Economique de Mayotte le 12 Novembre 2019.

Le professeur Jean-Joseph Boillot est professeur agrégé de sciences sociales et docteur en économie, spécialiste des grandes économies émergentes dont l’Inde et la Chine, co-auteur de l’ouvrage “Chindiafrique” et conseiller économique sur les pays émergents au Club CEPII.

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Le nouvel axe de développement économique Sud-Sud formé par la Chine, l’Inde et l’Afrique représentera 45% du PIB mondial d’ici 2030. Selon Jean-Joseph Boillot et Stanislas Dembinsky, co-auteurs de l’ouvrage “Chindiafrique”, la Chine l’Inde et l’Afrique feront le monde de demain. Ils auront des rôles démographiques, économiques, technologiques, énergético-alimentaires et géopolitiques croissants d’ici 2030.

Le professeur Jean-Joseph Boillot a résumé la situation dans laquelle se trouve Mayotte dans le formidable développement économique prévue  pour la sous-région et la région, autour du projet gazier du Mozambique :

« Comment une tête d’épingle, peut tirer son épingle du jeu dans le bouleversement économique de l’océan de l’Océan indien ? »

Un triangle géostratégique au marché très convoité, dans lequel Mayotte s’inscrit naturellement à condition qu’elle s’appuie sur:
– Une stratégie réfléchie, qui commence par poser les bonnes questions, identifier toutes les options, et retenir celle qui aura l’impact le plus fort et sera la plus simple à mettre en oeuvre. Ensuite dédier une task force pour suivre les performances de cette stratégie.

– L’innovation. Mayotte est “petite” dans plusieurs contextes, comparées à ses îles soeurs de l’Océan Idien, mais l’avantage d’être petit, c’est d’être flexible. “La nécessité est mère de l’innovation”. Mayotte doit tirer profit de sa “petitesse” pour créer une véritable innovation, qui découle véritablement de la nécessité et consiste à faire mieux avec moins.

– Les conditions: Mayotte peut s’appuyer sur ses forces endogènes (sa main d’oeuvre, sa jeunesse de plus en plus diplômée et qualifiée) et exogènes (les investissements de l’Etat et des collectivités..), et ne pas négliger l’inclusion et la résilience.

La désoccidentalisation du monde est en marche. Pascal Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), déclare en mars 2012 : “L’année dernière, c’est la première fois dans l’histoire de l’humanité que la production des pays développés a été inférieure à celle des pays en développement.” En 2012 aussi, ces derniers ont attiré plus d’investissements que les pays riches (680 contre 549 milliards de dollars). Sans doute est-ce là un juste retour des choses : la Chine et l’Inde ont dominé le premier millénaire de l’histoire de l’humanité, jusqu’à représenter, au XVIIe siècle, les deux tiers de l’économie mondiale.